Réglage des banderoleuses, pré-étiré, film recyclé, réemploi : ce que chaque levier coûte et ce qu'il change sur le taux de réemploi et la REP.
Réduire le plastique en logistique se joue d’abord sur le poste le plus banal de l’entrepôt : le film étirable posé autour de chaque palette. Quatre leviers existent, du réglage de machine à la sortie complète de l’usage unique. Ils ne coûtent pas le même effort et surtout ne produisent pas le même effet. Deux allègent le tonnage sans bouger d’un point votre taux de réemploi. Le film recyclé ne touche ni à l’un ni à l’autre, seulement à l’écocontribution. Un seul déplace le tonnage et le taux.
Mesurer avant de toucher aux machines
Trois chiffres suffisent à cadrer le sujet, et aucun ne s’obtient en consultant un benchmark.
Le premier est le grammage de film par palette. Il se mesure, il ne s’estime pas : on pèse une bobine pleine, on filme un lot représentatif du flux, on repèse. Le rapport donne la consommation réelle par palette, réglage machine et opérateur compris. Refaites la mesure par ligne de conditionnement : les écarts entre deux banderoleuses d’un même site sont souvent plus grands qu’on ne l’imagine.
Le deuxième est le nombre de palettes filmées par an, ventilé par flux. Pas le total du site, la ventilation : navettes inter-sites, livraisons récurrentes et expéditions ponctuelles ne relèvent pas des mêmes leviers, et c’est ce découpage qui décidera de la suite.
Le troisième est le coût du film par palette. Multiplié par le volume annuel, il donne la ligne budgétaire réelle du poste, celle à laquelle comparer toute alternative.
Ces trois chiffres servent deux fois. Ils cadrent le plan de réduction, et ce sont déjà les données que la déclaration annuelle du réemploi réclame, puisque le film se compte par section posée sur une palette et non par rouleau acheté. La méthode de comptage, la formule et les cas limites sont détaillés dans notre article sur le calcul du taux de réemploi d’emballages.
Levier 1, régler les banderoleuses
C’est le levier à effort le plus faible, et celui qui se teste en une demi-journée sur une machine.
Quatre paramètres commandent la quantité de film déposée. Le taux de pré-étirage d’abord : le film sort de la bobine étiré par le chariot motorisé avant d’être appliqué sur la charge. Selon les explications de BBA Emballages, un réglage à 200 % signifie que le film double de longueur, à 300 % qu’il triple. Viennent ensuite la force de tension au moment du dépôt, le nombre de tours par palette, et le taux de recouvrement entre deux passes. Un recouvrement de moitié double la matière posée sur les zones concernées.
Les gains dépendent entièrement du réglage de départ, du film utilisé et de la nature de la charge. Nous ne donnons donc pas de pourcentage : la seule valeur exploitable est celle que vous mesurez vous-même, avant et après, sur le même flux.
Sur le tonnage, l’effet est direct : moins de grammes par palette, moins de tonnes achetées. Sur le taux de réemploi, il est nul, et la surprise arrive en général au moment de remplir la déclaration. Une section de film reste une unité d’emballage à usage unique, quel que soit son grammage : diviser la matière par deux ne divise rien du tout au dénominateur. Sur l’écocontribution de la future REP des emballages industriels et commerciaux (EIC), en revanche, l’effet est proportionnel au tonnage, puisque le barème se calcule à la tonne mise sur le marché.
Reste à savoir qui paie. La filière française renvoie, pour définir le producteur, à l’article 3, point 15, du PPWR, comme l’indique la page de l’ADEME consacrée à la filière. Le document d’orientation de la Commission sur le règlement (UE) 2025/40, publié en juin 2026, traite le cas des emballages de transport composés de plusieurs éléments : « si un emballage n’est prêt à remplir une fonction d’emballage qu’après l’ajout d’autres éléments, c’est l’assembleur qui est le fabricant et le premier producteur potentiel ». Une palette filmée est exactement cet assemblage : support, film et cerclages. Le chargeur qui palettise est donc le premier candidat au paiement de l’écocontribution des leviers 1 à 3, avant son fournisseur de film. Un document d’orientation n’a pas la force du règlement : faites confirmer la lecture par votre éco-organisme au moment de l’adhésion. Ni le tonnage ni le taux de réemploi n’en dépendent, seulement le payeur.
Levier 2, film pré-étiré ou aminci
Le levier suivant change le consommable plutôt que la machine. Un film pré-étiré arrive déjà étiré de la bobine, ce qui permet le même maintien avec moins de matière. Un film aminci joue sur l’épaisseur, à formulation améliorée.
L’effort reste modéré : référencement d’un nouvel article, tests sur les flux types, ajustement des réglages machine. Le délai se compte en semaines.
L’effet sur le tonnage s’additionne à celui du levier précédent. L’effet sur le taux de réemploi reste strictement nul : une palette filmée reste une palette portant une unité à usage unique. Côté REP EIC, la baisse suit le tonnage, avec la même réserve sur le payeur.
La tenue de charge est la limite du levier
Descendre en grammage a une borne, et elle n’est pas budgétaire. Un film qui ne retient plus la charge produit des palettes qui bougent au freinage, des reprises au quai et, dans les cas sérieux, un problème d’arrimage. La référence européenne est la norme EUMOS 40509, méthode d’essai de la rigidité d’une unité de charge : la palette complète subit un essai dynamique d’accélération, puis on mesure sa déformation élastique et sa déformation permanente pour les comparer aux limites admises. La norme est payante, et nous n’en reprenons pas les seuils ici. L’optimisation se valide donc famille de palettes par famille de palettes, jamais par une consigne unique appliquée à tout le site.
Levier 3, film recyclé
Passer à un film incorporant de la matière plastique recyclée répond à une autre question que les deux leviers précédents. Le tonnage mis sur le marché est inchangé, à réglage constant : on pose autant de matière, elle vient d’ailleurs. Le taux de réemploi est inchangé lui aussi, par définition. Le recyclage porte sur la matière, le réemploi porte sur l’emballage. Une section de film recyclé est une section de film : une unité à usage unique.
Le vrai effet se situe sur l’écocontribution. Le cahier des charges de la REP EIC, fixé par l’arrêté du 2 décembre 2025, prévoit à son chapitre 2.1.1 que l’éco-organisme accorde une prime aux emballages en plastique incorporant de la matière plastique recyclée, « dans les conditions fixées à l’arrêté du 5 septembre 2025 ». Pour les emballages professionnels, la prime ne s’applique qu’à partir du 1er janvier 2027. L’arrêté du 5 septembre 2025 ne cite pas lui-même les emballages professionnels : c’est le cahier des charges qui les fait entrer dans le dispositif. L’arrêté fixe la prime à 450 euros par tonne de matière recyclée incorporée lorsqu’elle provient d’une autre filière REP, et 550 euros par tonne lorsqu’elle provient de la même filière.
À mettre en regard du barème de la filière, où le plastique porte l’écocontribution la plus lourde : 217,90 euros par tonne, soit environ 218 €/t, contre 9 euros pour le bois, selon le guide du tarif 2026 de Citeo Pro, l’un des trois éco-organismes agréés. Les barèmes 2027 restent à publier. L’effort tient surtout à la qualification : un film à matière recyclée doit tenir la charge comme le film vierge qu’il remplace, donc campagne de tests avant bascule.
Levier 4, réemployer sur les flux en boucle
C’est le seul levier qui touche le numérateur du taux de réemploi. Les trois précédents laissent le dénominateur intact. Celui-ci fait passer une unité du côté réemployé à chaque rotation, et retire du même coup une unité à usage unique du décompte.
Le geste change, pas le poste : la banderoleuse cède la place à une housse textile que l’on redescend sur la charge. La housse Ecklo tient une palette 800 × 1200 avec une référence unique, l’Ecklomat la met en place en 40 secondes, et la cadence se situe entre 40 et 60 palettes par heure. Chaque housse encaisse plus de 200 réemplois, et la mesure au centième usage donne 93 % de déchets et 85 % de CO2e en moins face au film.
Le tonnage correspondant quitte l’usage unique, donc l’assiette de l’écocontribution : la section 3.2.2 du cahier des charges fixé par l’arrêté du 2 décembre 2025 dispense l’adhérent de contribuer pour les emballages professionnels réemployés qu’il met en marché, à charge pour lui de justifier que l’emballage a bien contribué lors de sa mise en marché initiale. Le chapitre 2.1.2 ajoute un second effet, à l’achat cette fois : l’éco-organisme doit proposer sur la première mise sur le marché d’un emballage réemployable une prime d’au moins 50 % du montant de la contribution, portée à 100 % lorsque l’emballage relève d’une gamme standard.
Le levier a une condition stricte : sans retour organisé, il ne produit rien. Le tri se fait sur un seul critère, la répétitivité du trajet. Un camion qui repasse par le même quai toutes les semaines porte une boucle ; une expédition unique à l’autre bout du pays, non. Cela désigne les navettes entre deux sites d’un même groupe, les réapprovisionnements de magasins, les allers-retours de copacking et les comptes livrés à fréquence fixe. Le reste du plan de transport restera au film. Le comparatif des options de maintien de charge, film compris, est dans notre page sur le film étirable pour palette.
C’est aussi le levier que la réglementation vise en propre : la section 3.2.1 du même cahier des charges fixe pour 2030 un objectif de 100 % d’emballages réemployables relevant d’un système de réemploi sur les emballages de transport intra-entreprise et entre entreprises partenaires, et 40 % sur les emballages de transport utilisés dans l’Union. Côté européen, l’article 29 du PPWR retient le même seuil global de 40 % en 2030, mais sa marche à 100 % sur les flux internes ne s’applique plus aux emballages de palettes ni aux sangles, exemptés par la décision déléguée (UE) 2026/429 de la Commission du 25 février 2026. Le détail de cette exemption et de ce qu’elle laisse en place est dans notre article PPWR 2030 : le réemploi, ce qui change.
Les quatre leviers en un tableau
| Levier | Effort | Délai | Effet tonnage | Effet taux de réemploi | Effet REP |
|---|---|---|---|---|---|
| Régler les banderoleuses | Faible, interne | Jours | Baisse | Nul | Proportionnel au tonnage, sous réserve du payeur |
| Film pré-étiré ou aminci | Faible à moyen, changement de consommable | Semaines | Baisse | Nul | Proportionnel au tonnage, sous réserve du payeur |
| Film recyclé | Moyen, qualification produit | Semaines à mois | Nul | Nul | Prime d’incorporation à partir de 2027, assiette inchangée |
| Housse réutilisable sur flux en boucle | Moyen, organisation du retour | Mois | Sortie de l’usage unique | Une unité par rotation | Dispense sur les réemployés, prime à l’achat du réemployable |
Aucun pourcentage dans ce tableau : les valeurs dépendent de votre point de départ, et personne ne peut les poser sans avoir vu vos mesures. Une réserve pèse sur la dernière colonne, détaillée plus haut : qui, du chargeur ou de son fournisseur, paie la contribution sur le film. La lecture de la Commission désigne l’assembleur, sans valeur contraignante.
Les combiner
Les quatre leviers ne sont pas concurrents, ils s’appliquent à des flux différents. La règle tient en une phrase : film optimisé sur les flux ouverts, housse sur les boucles. Les premiers continueront longtemps de consommer du film, autant qu’ils en consomment le moins possible, au bon grammage, éventuellement à matière recyclée. Les secondes produisent une unité réemployée à chaque rotation.
Reste l’ordre, qui tient au calendrier et non à la conviction. Le décret n° 2022-507 du 8 avril 2022 porte tous les producteurs à 10 % d’emballages réemployés en 2027, et ce taux ne s’atteint que par le numérateur. Optimiser le film peut démarrer demain sans rien changer à l’échéance. Organiser une boucle de retour prend des mois, et les unités réemployées n’apparaissent qu’à partir de la deuxième rotation, ce qui décale encore le résultat d’un exercice. Les seuils d’assujettissement et la trajectoire par tranche de chiffre d’affaires sont détaillés dans notre article sur le décret 3R et les obligations des metteurs en marché.
Autrement dit, les leviers film se lancent parce qu’ils sont faciles, le réemploi se lance parce qu’il est long.
Une fois vos trois chiffres posés, il reste à répartir le tonnage entre les quatre leviers : ce qui se gagne au réglage machine, ce qui se gagne au consommable, et le volume assez répétitif pour sortir franchement de l’usage unique. Réservez un appel de découverte : nous faisons ce partage avec vous et chiffrons les tonnes que le quatrième levier peut absorber.
Questions fréquentes
Non. Le recyclage porte sur la matière, le réemploi sur l'emballage. Une section de film recyclé reste une unité à usage unique au dénominateur du taux de réemploi.
Oui, mécaniquement, puisque la contribution se calcule à la tonne mise sur le marché. Moins de film par palette veut dire moins de tonnes déclarées, à volume d'expéditions constant.
Non. Les flux ouverts et les palettes hors gabarit restent au film. Le réemploi se décide flux par flux, sur ceux dont le retour est organisé.
Ceux où le camion revient : navettes inter-sites, boucles vers un magasin ou un entrepôt central, copacking, livraisons récurrentes vers un même destinataire.
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Vos flux palettes sont-ils éligibles au réemploi ?
Un appel de 30 minutes avec l'équipe Ecklo pour identifier les flux où la housse remplace le film.
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